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Soutenance de Iona BREDIF "Sens et contexte : étude neuropsycholinguistique des effets contextuels dans la construction du sens"
Publié le 5 février 2026 – Mis à jour le 17 février 2026
le 20 février 2026
14h
D29, Maison de la Recherche, Campus du MirailRésumé : Cette thèse explore l’incidence des contextes sur la compréhension du sens, à la croisée de la sémantique textuelle (Rastier 2009 ; 2010 ; 2016) et de la neuropsycholinguistique. Elle s’intéresse plus particulièrement aux effets du contexte générico-discursif (relatif à la pratique sociale dans laquelle a lieu la production langagière) (Rastier, 2001 ; Bronckart, 2022) et à ceux du contexte linguistique (régulièrement appelé cotexte) dans la construction du sens. Dans ce travail, les propositions de la sémantique textuelle de description de l’incidence des contextes sont confrontées aux travaux et modèles (neuro)psycholinguistiques sur cette question. Alors qu’en sémantique textuelle, ces contextes sont considérés comme co-instituants du sens, l’activité de compréhension étant toujours contextuelle, dans les modèles (neuro)psycholinguistiques le point de départ de la compréhension est généralement l’unité isolée, à re-contextualiser.
Deux études expérimentales ont été menées, la première se concentrant sur les effets du cotexte et la seconde sur les effets du contexte générico-discursif (mais aussi du cotexte). La première étude, centrée sur l’utilisation de l’électroencéphalographie pour l’étude des processus sémantiques - et notamment le potentiel évoqué N400 associé à la perception d'une incongruité sémantique (Kutas et Hillyard, 1980 ; Kutas et Federmeier, 2011) - avait pour objectif de questionner la notion de congruité sémantique, entendue comme relation sémantique entre une unité lexicale et son cotexte. Dans cette étude nous avons créé une échelle de congruité sémantique, à partir de la typologie des isotopies de la sémantique textuelle, qui fait varier le nombre et le type de ruptures d’isotopies. Nous avons pu observer des variations comportementales (temps de réaction et jugements sémantiques) et électrophysiologiques (N400) en fonction de cette échelle et montrer la pertinence des propositions descriptives de la sémantique textuelle pour décrire la congruité sémantique.
La seconde étude, mêlant tâche d’inférence lexicale (Hu et Nassaji, 2014) et entretien microphénoménologique (Petitmengin, 2001 ; 2006), avait pour objectif de décrire l’incidence du contexte générico-discursif sur les parcours interprétatifs effectués par les locuteur.rice.s. La tâche d’inférence avait lieu sur un texte (narratif ou théorique) dans lequel était plongé un pseudomot à sémantiser et était suivie par un entretien microphénoménologique permettant de guider le locuteur vers l'explicitation de son vécu, d'attirer son attention vers les micro-activités implicites de son expérience de lecture et de sémantisation. A partir de cette tâche et de l’entretien, nous avons pu décrire les contraintes prescrites par le contexte générico-discursif (et le cotexte) sur les parcours interprétatifs du pseudomot, ainsi que les connaissances métalinguistiques mobilisées par les participant.e.s dans ces parcours interprétatifs. Nous avons également pu décrire l’enchaînement temporel des mouvements interprétatifs formant l’expérience vécue des parcours interprétatifs, en distinguant les expériences en fonction du genre de texte et type de discours (texte théorique ou narratif).
Ces travaux démontrent que la compréhension du sens gagne à être considérée comme contextuelle et à être étudiée en tant qu’activité, et non pas seulement dans ses produits. Ils valident également expérimentalement des propositions importantes de la sémantique textuelle, telles que la théorie des afférences et la typologie des isotopies. Avec ce travail nous espérons ouvrir la voie à un modèle contextualiste de la compréhension langagière et à des travaux combinant observation de l’activité électrique cérébrale et recueil de données d’expérience vécue (données phénoménologiques) pour l’étude de la compréhension langagière.
Composition du jury :
David Piotrowski, Rapporteur, Université Paris Cité
Angèle Brunellière, Rapporteure, Université de Lille
Alain Rabatel, Examinateur, Université Lumière Lyon 2
Claire Petitmengin, Examinatrice, Institut Mines-Telecom Business School
Mélanie Jucla, Directrice de thèse, Université Toulouse Jean Jaurès
Régis Missire, Co-directeur de thèse, Université Toulouse Jean Jaurès